19.01.2012

La métaphore de l'échelle

Cette note m'a été gentiment adressée par un des responsables "risques" d'une grande Institution financière. Son auteur a publié dans de nombreuses revues; intelligence et originalité se conjuguent chez lui. Il enrichit mon blog

Thème : cindynique, théorie des risques                                                              

 

La métaphore de l’échelle : échelle.jpg

 

Dans le domaine de la maîtrise des risques il est une expression française très populaire, très compréhensible car faisant appel à nos racines agricoles, « il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier ». Elle est une bonne illustration de ce qu’on appelle maintenant la division des risques.

Il est proposé ici une autre image qui permet d’évoquer plusieurs concepts de la théorie des risques (termes en gras dans le texte).

Elle fait à la fois appel à la culture et à l’agriculture… ce sont deux usages que l’on peut faire d’une même échelle (voir de dessin ci-dessus).   

 

 Dans l’usage « culture », le rangement d’une bibliothèque, seuls les deux ou trois premiers échelons de l’échelle sont utilisés. Ils le sont sur un sol plat et ferme pour atteindre les rayons de la bibliothèque. La probabilité p que l’échelle tombe est faible compte tenu de sa stabilité sur le sol. L’impact i d’une chute serait au pire une entorse, oublié en quelques jours. Le risque calculé par p x i est très faible.

Dans l’usage « agriculture », la cueillette des fruits, l’échelle est utilisée jusqu’à son sommet pour atteindre des branches hautes. Le sol est meuble et bosselé, il entraine une probabilité de chute non négligeable. L’impact d’une chute du haut de l’échelle peut être une fracture multiple laissant une claudication définitive. Le risque p x i est élevé. Si élevé qu’il convient de le réduire. Cette réduction du risque, ou mitigation du risque, peut se faire en  renforçant la stabilité initiale de l’échelle, en cherchant une bonne assise ou en demandant à une personne (bien intentionnée) de la tenir ferme. On agit ainsi sur le facteur p, la probabilité que l’échelle tombe. Une action sur i peut aussi s’imaginer (casque, filet amortissant la chute…).  

 

Le niveau de risque retenu, le mode d’usage de l’échelle, dépend d’une aversion personnelle au risque, reflet lui-même d’une appréciation de sa propre vulnérabilité. D’une manière générale on tendra, consciemment ou non, à ne pas franchir un certain seuil (de l’évaluation p x i).

La notion de seuil tend à devenir omniprésente dans les analyses de risques.

Face à la pollution de l’air des seuils d’alerte sont définis, l’unité utilisée pour les exprimer est une concentration de polluants, dont le dioxyde d’azote. L’atteinte d’un certain seuil de NO2  enclenche une demande de réduction de vitesse des véhicules automobiles. On veille ainsi à ne pas atteindre des situations irréversibles (effets sur les populations fragiles).

 

Des seuils de radiation ont été déterminés pour les personnes exposées, ils s’expriment en sievert, les niveaux provoquant des séquelles irréversibles sont connus. Les travailleurs du nucléaire sont suivis afin qu’ils n’atteignent pas ces seuils de l’irréversible.      

Il apparaît donc que dans la prise de risque il existe toujours une frontière à considérer, un seuil au-delà duquel la concrétisation du risque laisse des séquelles irréversibles, au-deçà duquel les conséquences se résorbent. Cette capacité à se régénérer, est la résilience. Ce seuil est un seuil de résilience.   

L’entorse oubliée en quelques jours et la claudication définitive dans notre usage de l’échelle sont des  exemples de ces deux zones de risque.

Les seuils de risques sont à évaluer dans tous les domaines, comme mentionné ci-avant pour la pollution et le nucléaire le travail est déjà fait. D’une manière générale, des notions, comme le risque maximum tolérable (Livre Blanc de la Commission bancaire 1995), ont déjà été proposées pour un seuil à ne pas franchir. Pour ces seuils généraux nous proposons une unité de mesure, le cindynon, puisqu’elle serait l’unité de la cindynique, science du danger et des risques.

Question subsidiaire :

 

Doit-on prendre deux paniers (division des risques) pour monter cueillir des fruits ?

 

Cette mesure de réduction, hors de son contexte, augmente ici indiscutablement la probabilité de chute !      

 

 

 

 

 

18.01.2012

Sur le partage (court extrait du livre que j'écris)

(pour commentaires éventuels; merci d'avance)

Tout se passe aujourd'hui comme si la faiblesse des transferts sociaux, mais aussi leur iniquité pour certains d'entre eux, notamment en fonctions des générations (les chiffres montrent que notre société favorise largement les seniors par rapport aux jeunes mais aussi les "insiders" ceux qui ont un poste de travail par rapport aux "outsiders" ceux qui n'en ont pas etc...) soient obligatoirement compensés (pour tout ou partie) par des transferts familiaux selon un mouvement de solidarité familiale  au secours de l'insuffisance de la solidarité collective. Le casting du partage changerait d'acteurs. Il semble que les paramètres épouvantablement négatifs de la crise financière actuelle, renforcent un peu plus cette mutation sociétale qui, à maints égards, apparaît comme une régression et une injustice puisqu'elle favorisera, peu ou prou, les possesseurs de patrimoine.

De même, les organismes humanitaires viennent aussi compenser les déficiences de la solidarié collective organisée par les pouvoirs publics; ils jouent le rôle d'amortisseurs dans cette période de difficultés systémiques. Il faut repenser le modèle français de solidarité. Ne pas faire moins, mais faire mieux.

08.01.2012

De l'argent et du Capitalisme

On sait tous qu'avec le Capitalisme, l'argent n'est plus seulement un moyen , un intermédiaire; il devient une fin en soi....D'ailleurs, J.M Keynes disait qu'il y a deux façons d'atteindre l'immortalité: la création artistique et l'accumulation d'argent.

Mais s'agissant de l'argent comme moyen, c'est déjà un moyen absolu. Il permet d'acquérir tout ce qui est à vendre. La valeur d'un outil étant déterminé par la valeur de ce à quoi il sert, l'argent est un outil universel qui est le plus valorisé de tous. Une somme d'argent vaut plus que la somme des biens qu'elle permet d'acheter car elle apporte à son possesseur quelque chose de plus: la liberté de choix.

Ceci explique aussi, dans une transaction, la supériorité (a priori) de l'acheteur qui détient l'argent sur le vendeur qui n'offre qu'un bien particulier; mais l'offre est "price maker" bien souvent sauf en des domaines hautement concurentiels. L'application de ce principe est éclairante sur la domination du capitaliste, qui avance l'argent, sur le salarié qui n'a à offrir "que" sa force de travail.

Dostoïeski parlait de "liberté frappée"

L'argent est en effet un moyen d'émancipation. On dit d'ailleurs du paiement qu'il est "libératoire": l'argent libère des obligations. Il a partie liée avec l'individualisme ( ah ! ah ! individualisme et capitalisme riment bien ensemble...)en ce qu'il offre la possibilité de se désengager des relations familiales ou communautaires et suscite un sentiment d'indépendance.

Intéressant aussi ce que dit Karl Marx sur l'argent: "Ce que je suis et ce que je peux n'est pas déterminé par mon individualité. Je suis laid mais je peux me payer la plus belle femme; donc, je ne suis pas laid car l'effet de la laideur est anéanti par l'argent. Je suis un homme mauvais mais l'argent est vénéré donc aussi son possesseur; l'argent est le bien suprême donc son possesseur est bon; l'argent m'évite la peine d'être malhonnête: on me présume donc honnête"

01.01.2012

(Vive) recommandation de lecture

Je viens de lire un livre (difficile par le sujet) mais formidable par le témoignage qu'il représente. Son titre est un peu sinistre (et agit comme un repoussoir); il s'agit de "La mort intime" de Marie de Hennezel. Mais le  sous-titre est déjà plus éclairant ("ceux sui vont mourir nous apprennent à vivre"). L'investissement que représente sa lecture est gratifié du plus fort des dividendes: on se sent galvanisé par le merveilleux cadeau qu'est la vie. Au dernier mot de ce livre, on a une bouffée de joie et d'optimisme. Et pourtant, il nous parle des derniers instants de vie alors même que s'avance inexorablement  l'ombre de la mort.

"Ceux qui ont le privilège d'accompagner quelqu'un dans ses derniers instants de vie savent qu'ils entrent dans un espace temps trés intime. La personne, avant de mourir tentera de déposer auprès de ceux qui l'accompagnent l'essentiel d'elle même. Par un geste, une parole parfois un regard elle tentera de dire ce qui compte vraiment et qu'elle n'a pas pu ou su dire"

Ce livre apprend que le temps qui précède  la mort, peut être aussi un temps d'accomplissement de la personne et d'une transformation de l'entourage. Bien des choses peuvent se vivre. Dans un champ plus subtil, plus intérieur dans le champ de la relation aux Autres.Quand le corps est altéré, vaincu, on peut encore aimer et se sentir aimé. Ce livre montre qu'auchevet du mourant on peut se dire l'essentiel, échanger des paroles d'amour, de gratitude, de pardon. Trop souvent ce moment unique, essentiel e la vie, est entouré de silence et de solitude.

"la mort est comme un miroir: ce qu'on voit dedans, c'est sa vie. ceux qui ont le sentiment d'avoir pleinement et intensément vécu, ceux qui ont derrière eux une épaisseur de vie, ceux là n'ont pas d'angoisse métaphysique qaund vient le dernier souffle"

"La mort intime" de M. de Henezel est un hymne sublime à la vie. S'il vous plait, lisez le !

19.12.2011

De la difficulté d'offrir

En cette période d'effervescence commerciale pré-nativité, il faut être conscient de la difficulté d'offrir.

Faire un cadeau c'est aussi prendre barre sur celui qui reçoit, c'est faire de lui un obligé, c'est presque déclancher un mécanisme de pouvoir. Le bénéficiaire sera piégé par la nécessité de réciprocité qui, seule, lui permettra d'éviter de se sentir dominé par le généreux donateur. Il existe dans la pratique du don une forme trés subtile de violence symbolique ou de domination. Plane aussi l'ombre glaçante d'une obligation de gratitude.

Bien sur dans un paysage relationnel sans nuage, le plaisir d'offrir et de recevoir peuvent s'égaler. Il faut faire attention au don trop important car il produit le phénomène ci-dessus et peut altérer la relation. Le don bâclé ou réalisé par necessité peut donner de l'amertume au coeur du recevant.Difficile d'offrir !... 

Plus que le don et le cadeau, je préfère le partage; C'est plusz complexe et plus rare

09.12.2011

La modernité (hier et aujourd'hui)

Pour la Renaissance la modernité est  un idéal de progrès, portée par les avancées de la science,  où l'individu est appelé à s'accomplir. Avec le siècle des Lumières être moderne a consisté à croire en un projet libérateur, à s'affranchir du poids de sa condition d'origine. La modernité a été indissociable d'une lutte pour la libération, d'une émancipation de divers jougs, ceux du droit divin et de la colonisation notamment. Cette conception a perduré, sous diverses formes, jusqu'au XXème siècle, en particulier par différentes étapes d'émancipation diverses, féminine par exemple. Mais à chaque fois, il y avait priorité de la société et du collectif sur l'individuel. "Il fallait libérer la société pour libérer l'homme..."

Rien de tel aujourd'hui où l'ordre des priorités est renversé.

La vision postmoderne du monde repose sur la méfiance envers la collectivité et une foi inébranlable en la liberté de chacun. Aujourd'hui on se défie des autorités qu'elles soient paternelles, institutionnelles, religieuses, syndicales, militaires ou scolaires. L'axe cardinal est sa propre réussite personnelle (ou je veux, si je veux, quand je veux, parce que je le vaux bien), sans revendication collective de génération, sans référent à un héros militant (plus de Che Guevara...)mais avec la liberté de créer sa propre trajectoire

En déplaçant le curseur du collectif à l'individuel, du sociétal au particulier, des autorités instituées à la légitimité  de chacun, la société d'aujourd'hui a accouché de libertés et de tolérances nouvelles, mais aussi de défis inédits comme celui anxiogène de devoir forger sa propre place quand celle ci est moins dictée par l'ordre sociétal, et de s'adapter à un environnement de + en + incertain, fluctuant, presque sans balise ni modèle.