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  • Tiré du livre que j'écris

     

    5 – FAVORISER L’EMERGENCE D’UN NOUVEL ORDRE DES BESOINS

     

     La question, quasi philosophique,  est de savoir quels sont les besoins humains dont la satisfaction contribue à la réalisation de notre vocation dans une perspective d’accomplissement. Certes c’est à chacun d’identifier où se trouve son bonheur et aucune société libre n’est en droit de dicter une hiérarchie des besoins, fut elle au service d’un projet libérateur, sauf à ouvrir grande les portes au totalitarisme. Condorcet formulait cette exigence à l’époque de la Révolution : « la puissance publique n’a pas le droit de décider où réside la vérité, où se trouve l’erreur ». Si on fait abstraction des besoins hors marché, hors rapport monétaire, c’est à dire échappant à l’ordre du quantifiable, on redécouvre la disponibilité, la qualité des relations individuelles et sociales, l’engagement dans la cité pour partager avec les autres. C’est une réflexion qu’a longtemps mené Emmanuel Mounier, fondateur de la revue Esprit et qui a été prolongée par Jacques Ellul et Ivan Illich dans la dénonciation de notre indisponibilité à autrui comme à nous même. Pour eux, et nous pensons qu’ils ont raison, la société tend à « s’organiser en dehors de la personne sur une fin quantitative, impersonnelle et exclusive », ce qui est l’antipode du désir de partage. Au demeurant, l’argent est devenu comme le joueur de Dostoïevski à la fois tout et rien.

     

     

    Nous aurions besoin d’un courant de pensée fort, de cette nature et orchestré par le Politique, pour réitérer ces dénonciations et mettre le focus sur la nécessité d’un nouvel ordre des besoins, centré davantage sur l’épanouissement de la personne. Les débats électoraux y gagneraient en  hauteur. Cela devrait passer par la remise en cause de notre modèle de société actuel basé largement sur la satisfaction des plaisirs matériels, à caractère immédiat et donnant, sans doute trop,  la prééminence à l’économie. Le fait que la théorie économique s’ouvre davantage aux autres sciences sociales à l’Université comme ailleurs, à la Banque de France notamment, est déjà un premier pas dans la bonne direction. A l’heure actuelle, la recherche redouble aussi d’efforts pour encourager les fécondations croisées guidées par l’objectif moral d’améliorer le bien-être de l’homme.

     

     

     

    Avec lucidité, certains auteurs ont même fait valoir que dans la nouvelle et rude compétition planétaire, le principal atout d’un pays n’est pas toujours d’avoir les facteurs classiques du développement (ressources énergétiques, démographie, centres financiers, technologie ou savoir faire) mais de posséder la cohésion sociale, presque un facteur de compétitivité au même titre que le coût du travail ! Mais la cohésion d’une société exige que les individus qui la composent reconnaissent et acceptent les principes de justice qui l’ordonnent. La justice sociale s’organise autour de l’égalité des chances, à ne pas confondre avec l’égalitarisme mais à considérer comme le principe le plus puissant de redistribution. « Il faut inventer une réforme qui intègre les exigences de la solidarité à une réflexion globale sur l’égalité des chances afin d’en faire un principe soutenable de justice sociale « écrit Patrick Savidan, Président de l’Observatoire des inégalités[1]. L’égalité des chances permet d’indexer la justice sociale sur la notion de capacité et d’équité, censé tenir compte des différences entre les individus et les situations car toutes les inégalités ne procèdent pas de l’appartenance sociale.

     

     

     

     

     



    [1] Patrick Savidan, « Repenser l’égalité des chances » Grasset 2007