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  • L'imposteur

    Nous connaissons tous des imposteurs mais nous ne savons pas toujours ce qui se cache sous le concept d'imposture. Cette page tente de démasquer et de comprendre la mécanique qui l'engendre.

    Hypocrites, menteurs, fraudeurs, usurpateurs, les imposteurs ont besoin de faire croire et d'avoir un public, de trouver des victimes qui consentent que le faux soit authentifié comme vrai. C'est très important pour celui qui tient la garantie de son existence  de la crédulité de celui qu'il dupe. C'est un homme qui sait profiter de son pouvoir de convaincre. Du crédit qu'il parvient à obtenir dépend le profit de son entreprise. C'est dire à quel point l'imposteur est un homme qui vit à crédit: sa vie dépend de l'appréciation, de l'évaluation de la "notation" des autres. C'est la figure de notre temps, un homme "subprime". L'imposteur ressemble au prestitigitateur en ce sens que l'abuseur passe un pacte inconscient avec l'abusé qui consent à la duperie tout en sachant qu'il s'agit d'illusion.

    L'imposteur est le virtuose de l'apparence et de l'apparat. Il absorbe, véritale éponge vivante, les traits, les discours, les opinions, les valeurs d'autrui pour séduire. La forme chez l'imposteur devient le fond. L'imposteur est passé maître dans l'art de l'illusion. Par ses emprunts aux couleurs de l'environnement, l'imposteur témoigne d'une exceptionnelle "adaptation à la réalité"et, nageant dans les faux-semblants mais respectueux plus que tout autre des règles, des procédures, des formes, il bénéficie souvent jusqu'à ce qu'il soit démasqué, de l'estime de tous ou presque. C'est le prototype de l'adaptation et de l'habileté sociale.

    Comment se fabrique l'imposteur? L'imposteur a besoin de normes, de codes, de rites sociaux avec lesquels il puisse ruser pour en démasquer, au dépens des autres, l'imposture, l'artefact et le semblant. Or notre société qui fait reposer le crédit d'un individu, d'un groupe, d'un Etat sur l'apparence et sur l'opinion (audimat, évaluation, notation, sondages....) incite à l'imposture. Le politique vend sans cesse à l'opinion la "marque de fabrique" d'un gouvernement ou d'un parti, évaluant par des sondages constants la pénétration de sa propagande. Il convient aussi pour réussir socialement de vendre l'apparence des actes davantage que d'en évaluer les effets et les vertus, de préférer l'audience au mérite.


  • Paul ELUARD (Poème)

    "Si je te parle, c'est pour mieux t'entendre

    Si je t'entends, je suis sûr de comprendre

    Si tu souris, c'est pour mieux m'envahir

    Si tu souris, je vois le monde entier

    Si je t'étreins, c'est pour me continuer

    Si nous vivons ensemble, tout sera à plaisir

    Si je te quitte, nous nous souviendrons

    Et nous quittant, nous nous retrouverons"

     

    Paul Eluard ("Certitudes")

  • L'inversion de la relation entre la fin et les moyens

    La fin justifie-t-elle les moyens? C'est plus compliqué...Pas seulement au seul plan moral. les moyens sont devenus, en soi, une finalité dans notre société actuelle.

    Les moyens devenus finalités ne connaissent aucune limite. Ils renversent tout ce qui pourrait leur faire obstacle. Le critère d'efficacité se substituant aux fins, l'homme n'est plus qu'un apprenti sorcier, obéissant aux impératifs de la technique qui choisit pour lui. Le bonheur dans notre société étant (malheureusement) de consommer plus, il faut produire plus d'autant qu'on attend d'un accroissement de la production une réduction du chômage. On soumet l'homme producteur à la logique et aux impétatifs de la technique (d'ou les phénomènes de stress au travail) et l'homme consommateur aux conditionnements du marketing.

    La relation entre la science et la technique s'inverse également. La science perd sa signification car elle est tout entière orientée vers l'application. Elle est de plus en plus au service des moyens. Ce n'est plus le développement des sciences qui conditionne celui des techniques mais les besoins de ces dernières qui président aux orientations de la recherche scientifique. La recherche appliquée l'emporte sur la recherche pure. Tout est inversé. Les fins, rejetées dans l'abstraction, sont remplacées par la vague idée d'un progrès, lui même assimilé au changement et à la nouveauté.

    La technique est enfermée dans sa logique bornée. Elle produit en effet l'expert, homme spécialisé dans la connaissance fragmentaire des choses, alors que la plupart des problèmes posés aujourd'hui par la technique comportent des paramètres nombreux, complexes et indissociables. C'est ce qui fait dire à Edgard Morin que "l'aveuglement général de l'expert enveloppe sa lucidité spécialisée".

    Lorsque l'expert prétend exercer une fonction politique au nom de son savoir technique, il devient technocrate. Il ne se contente pas d'appliquer son savoir spécialisé aux seuls problèmes spécifiques mais il prétend en tirer des solutions pour des problèmes généraux.

    le grand philosophe Jacques Ellul disait: "l'expert est un anti-humaniste".