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  • La maladie

    La maladie est une déconstruction de soi qui oblige à faire le compte des territoires perdus ou en voie de l'être, des rapines corporelles incessantes, des renoncements continuels, de ce qu'on ne peut plus entreprendre, de ce qu'on ne peut plus imaginer. Son existence ne fait que se découdre. Elle se rétrécit et n'est plus maîtrisée. Comme l'enfant qui voit son château de sable saper progressivement par la vague,le malade expérimente une forme de passivité face à un processus inexorable. Tout s'effiloche et se détérriore. Le corps d'abord. L'esprit ensuite.

    Le malade est d'abord un patient. Patient: c'est son statut. Patient: c'est son mode de vie. Attendre que la crise passe, que la douleur diminue, que le sommeil délivre, que les médicaments fassent effet, que le progrès avance. Il laisse passer les heures comme si elles ne comptaient pas,comme si sa vie était déjà hors du temps. Patient, cela peut aussi avoir quelque chose de confortable. Remettre son sort entre les mains des autres et penser sa vie comme une notice pharmaceutique en suivant certaines prescriptions comme des règles morales. On entre en maladie comme on entre en religion dans la communauté des malades, surtout sur un lit d'hôpital.

    La maladie réveille les blessures narcissiques. Elle fait peur, éloigne, lasse, inquiète, creuse la distance avec les biens portants qui sont un autre Monde. Elle est aussi (il faut le dire !...) égoïsme pur car elle réduit l'ego dans un affrontement avec elle, dans un tête à tête exclusif. Elle restreint la conscience au seul fait de la combattre ou d'abdiquer. Chaque malade est persuadé que sa douleur est inégalée ce qui le rend peu ouvert à celle des autres. Il ne reste plus d'énergie pour la compassion.

    L'intimité est interdite au malade. Son corps n'est plus un sanctuaire. On le palpe, on le pénètre, on le traverse. Il ne vous appartient plus. Il tombe dans le domaine public. Le malade est nu, exhibé sur son lit, sur la table d'opération, à la radiographie. Malade: genre neutre, ni masculin , ni féminin, une sorte d'espèce asexuée indifférente au désir, à la sensualité à la reproduction. Au malade chacun s'arroge le droit de demander l'état de son corps dans ses recoins les plus secrets.L'impudeur est totale.

    L'invisibilité est le premier mal dont souffre le malade à l'Hôpital. Les médecins entrent dans les chambres et parlent comme si vous n'étiez pas là. Les femmes de ménages cognent leur balaie dans les pieds du lit. Les aides soignants vous secouent pour changer les draps. Les infirmières de nuit vivent  "leur journée" en racontant la dernière téléréalité.

    La colère est toujours tapie dans l'âme de celui qui souffre, seule force dynamique dans le ravage intérieur où la maladie l'abandonne. Parfois, il n'a envie de rien d'autre que d'exporter cette destruction hors de lui. Désir de briser les liens de tout détruire juste pour exercer cette force et non plus la subir. Le malade a besoin de transférer, par des phrases acerbes, son amertume et ses peurs.

    La maladie réveille aussi une sensibilité qui s'était endormie. Tout devient plus émouvant. Elle contraint à une philosophie de l'instant avec une dose de conditionnel (si je suis guéri, pas hospitalisé, si je vais mieux....). Tout finit par être plus violent. Le sourire ou l'attention de l'Autre sont perçus avec une infinie intensité. Joie et douleurs peuvent alors se mêler. Le pouvoir de l'Autre est immense. Un petit don de soi, de temps notamment, forme un cadeau inestimable pour le souffrant.

    Réflexions à partir de mon expérience (ancienne) de visiteur d'hôpital et renforcées par le livre "Hors de moi" de Claire Marin.

  • INEGALITES: quelques chiffres à retenir

    - 10% des français héritent de plus ou moins 1 millions d'euros; ils reçoivent davantage que 50% des français, payés au SMIC, qui ne gagneront, pour toute une vie de labeur, que 700.000 euros.

    - 50% des français ne possèdent aucun patrimoine  ou presque

    - les détenteurs de patrimoines les plus élevés au niveau mondial (supérieurs à 100 millions d'euros) voient un accroissement de leur richesse de 6% à 8% par an. Or, le revenu moyen mondial ne progresse que de 1,4% par an. Le rendement du capital est donc plus de 5 fois supérieur au revenu du travail. Celui qui n'a que son salaire pour s'enrichir se trouve dans une situation très défavorable par rapport à celui qui hérite. Les discours sur la méritocratie sonnent creux.

    - les fameuses "trente glorieuses" (1950-1980) montrent qu'à cette époque 10% des salariés les mieux payés touchaient plus que les 10% des héritiers les mieux lotis. La marche en avant du progrès et des sciences et l'avancée de la démocratie donnaient + d'importance au capital humain qu'au capital financier. Au surplus, la croissance permettait des politiques publiques favorables à l'augmentation de la fiscalité successorale et inclinait à une réduction de l'emprise du capital privé sur la société.

    Aujourd'hui, mieux vaut être un actionnaire bedonnant qu'un cadre méritant. L'aiguillon du progrès de la science diminue. La très faible croissance ne permet pas une fiscalité équilibrée et juste.

    chiffres et remarques sont tirés du livre de T. Piketty "Le Capital au XXIe siècle". On me dira que l'auteur est de gauche. Je répondrais qu'il est un (vrai) économiste. Les conclusions ci-dessus me sont personnelles.