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  • La fin d'un monde...(suite)

    Deux commentaires, brillants, ont enrichi et prolongé ma première note sur ce thème (je vous invite  à les lire). Je leur réponds ici en allant plus loin par des réflexions que je sais controversées.

    1/-  Raisonner par agrégation d'Etats ou par zones géographiques pour expliquer la mutation des relations internationales et mesurer des rapports d'influences a perdu de sa pertinence. Il convient de réfléchir en termes de "civilisations" et de leur évolution.

    2/- Dans le monde nouveau, les conflits les plus étendues et les plus dangereux n'ont pas lieu entre classes sociales,  riches et pauvres, Nord-Sud, Est-Ouest, ni entre groupes définis selon des critères économiques, religieux ou géographiques , mais entre peuples appartenant à des entités culturelles différentes, c'est à dire situées aux lignes de partage des civilisations respectives. Une exception forte: les conflits opposant sunnites et chiites ou islamistes et chrétiens d'Orient. A cela s'ajoute bien sûr le cas particulier des Alaouites.

    3/- La définition du concept de " civilisations" est donc fondamental. On s'accorde, à l'heure actuelle, à dénombrer 7 ou 8 grandes civilisations. (voir "Le choc des civilisations" de S.Huntington)

    Pour Braudel les civilisations sont " un espace, une collection de phénomènes culturels" . Pour Durkheim et Mauss ( auteur, soi dit en passant,  que j'aime beaucoup ) c'est une sorte de "milieu moral englobant un certain nombre de nations, chaque culture nationale n'étant qu'une forme particulière du tout". La culture est l'élément commun à toutes les définitions possibles du concept de civilisations. La civilisation se définit donc par des éléments objectifs, comme la langue, l'histoire, la religion (d'où l'exception citée), les coutumes, les institutions et par des éléments subjectifs d'auto-identification. Qu'il y a t il de commun aux sociétés non occidentales sinon qu'elles sont non occidentales? Intéressant aussi ce que dit Quigley lorsqu'il parle des 7 étapes par lesquelles passent toutes civilisations: le mélange, la gestation, l'expansion, l'âge du conflit, la domination universelle, le déclin et l'invasion. Toynbee fait à peu près le même schéma dynamique, mais en plus court.

    4/- La politique est bien souvent utilisée pour assoir une identité. On sait qui on est quand on sait qui on n'est pas et, bien souvent, quand on sait contre qui on est. J'ai toujours aimé le shémas Hégélien.  Tous ceux qui sont en quête d'unité et d'identité ethnique ont besoin d'ennemis

    5/- Le succès économique et la puissance militaire sont des véhicules importants pour assoir, voire accroître  l'importance d'une civilisation. Le commerce ne va peut être pas toujours avec le drapeau mais la culture, elle, suit toujours la puissance. Lorsque l'économie soviétique a été incapable de soutenir sa force militaire, le communisme a décliné ( disparu?). Depuis des siècles , les non occidentaux nous ont envié notre prospérité économique, notre sophistication technologique, notre cohésion politique. Autrefois, les non occidentaux estimaient que pour devenir riche et puissant, il fallait nous copier. Cette attitude Kémaliste a disparu en extrême orient. On assiste à ce qu'on appelle " une indigénéisation de deuxième génération" . Dans les anciennes colonies occidentales mais aussi en Chine et au Japon, les élites étaient d'abord formées dans les universités occidentales, américaines et britanniques surtout. A l'Université de Yale, je les ai côtoyés. Ils ont absorbé la langue, les valeurs, le style des occidentaux. Ce n'est plus vrai. Par contraste, la plus grande partie de la deuxième génération à fait ses études dans les universités locales créés par la 1ère génération. Ce processus d'indigénéisation explique la ré-islamisation des sociétés musulmanes, l'hindouisation et l'asianisation de l'orient.

    6/- Les emprises religieuses sur le Politique sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus menaçantes. Les groupes religieux rencontrent les besoins sociaux laissés sans réponse par les bureaucraties étatiques. La société civile échoue (souvent) à protéger les plus faibles et ces vides sont remplies de manière croissante par une assistance confessionnelle. C'est surtout vrai dans les pays dévastés mais pas uniquement.

    7/- Les commentateurs de ma 1ère note ont raison de penser que l'avancée formidable des émergents va être freinée par des problèmes sociaux et des revendications catégorielles. Elles sont déjà en cours. De la réponse des Autorités à cette situation, va nous donner la mesure de l'avancée ou non de la démocratie dans ces pays. Le décollage économique est favorisé par un pouvoir fort et centralisé. La poursuite d'un développement équilibré appelle à  la mise en place des ressorts de la démocratie. Mon "commentateur" a raison de souligner l'importance de l'apparition d'une classe moyenne.

    A voir absolument pour éclairer ce sujet le film "A touch of sin" qui donne une idée de l'état de la Chine actuelle. J'ai fait - dans ce blog - une note sur "démocratie et développement économique". Je vais la ressortir!

    8/- Les prétentions de l'Occident à l'universalité le conduisent à entrer en conflit autres d'autres civilisations, en particulier avec l'Islam et la Chine. Arrogance contre intolérance et affirmation de soi. Cocktail  volcanique!

    Dans "Le Monde" du 23 janvier, J. Le Goff, un de nos meilleurs historiens, dissertait sur le problème des civilisations. Il fait, quant à lui une différence entre culture et civilisation. "La civilisation repose sur la recherche et l'expression d'une valeur supérieure, contrairement à la culture qui se résume à un ensemble de coutumes et de comportements. la culture privilégie l'idée d'utilité et de sécurité ainsi que de richesses contrairement à la civilisation pour qui le spirituel et l'esthétique ont bien plus de valeur".

  • Changement

    Notre rapport avec le changement est assez ambivalent.

    - D'une part on aime changer ( de voiture, de décor, de gouvernement (heureusement!).....parfois même de vie ) non pas pour devenir quelqu'un d'autre mais pour être mieux soi même, pour aller au bout de ses rêves, pour être plus libre, plus heureux, plus fidèle à l'enfant que l'on fut. C'est une sorte de volonté Nietzschéenne "Deviens ce que tu es". Mon poète préféré dit" je suis né dans mon enfance: c'est mon pays". Nous poursuivons toujours cette quête de l'enfance.

    - D'autre part si un ami - absent longtemps - vous retrouve et dit " Mon dieu! Que tu as changé, je ne te reconnaissais pas" vous le quittez particulièrement inquiet (un peu d'aigreur au ventre) et votre soirée ne sera pas bonne. On préfère parier sur le changement des autres. C'est l'autre qui vieillit.  "Tu n'as pas changé" fait toujours plaisir. C'est une réflexion urbaine et polie, douce à entendre en tout cas.

    Au plan managérial,  le changement constitue une vertu cardinale. Une entreprise qui ne se transforme pas meurt. Pas de turnover de ces cadres? C'est la sclérose. Il faut d'ailleurs  changer quand tout va bien, quand le manager possède des marges de manœuvres, et non pas dans la précipitation et dans l'urgence. Mais, ambivalence là aussi ! ! stabilité, fidélité et pérennité sont aussi des qualités managériales. Il faut changer aussi quand tout va mal.

    En définitive, le changement n'est pas un idéal, ni une fin en soi. Il est un moyen. Il faut changer pour durer, progresser, grandir. On a même le droit de tout changer (de couple, de métier, de pays, d'aventure que sais je...) mais à condition que ce soit pour devenir mieux ce qu'on est, non pour le trahir ou l'oublier. " Tout être veut persévérer dans son être" disait déjà Spinoza. J'aime aussi la formule de À. Comte-Sponville quand il fait remarquer " Que vous changiez ou non de vie, la vie, elle, vous changera".

  • La fin d'un monde

    .....celle, sans doute de la toute prééminence de notre société occidentale. Nous le savons aujourd'hui, la crise n'est qu'un épiphénomène de mouvements tectoniques plus profonds qui ébranlent toute notre civilisation. Nous avons vécu plusieurs décennies dans un " welfare- state" une sorte d'état de bien être ou la croyance en l'Homme, au progrès, à la pérennité de nos institutions, à la supériorité civilisationnelle de l'Occident généraient une dynamique positive vers un " toujours plus". Cette euphorie n'a fait que s'amplifier avec la chute du mur de Berlin, la fin de la guerre froide, l'ouverture des frontières, l'idée que la démocratie et le marché devaient tout résoudre et qu'une mondialisation heureuse finirait par vaincre la pauvreté et la guerre. Nous étions en marche, comme un Prométhée moderne, vers plus de liberté et de prospérité.

    Ce rêve qui commençait à devenir réalité s'est brisé.

    Il s'est brisé sur les fondamentalismes religieux, le maintien des nationalismes, les revendications identitaires, les menaces terroristes, les risques écologiques et les dérives de la finance globale. Notre modèle occidental s'est fracassé sur des écueils économiques mais pas seulement.

    Un basculement politique s'est opéré qui voit l'occident s'affaiblir et s'affaisser au profit des émergents plus dynamiques, plus novateurs, plus efficaces qui raisonnent en termes de " prise de risques" et non pas de " couverture de risques". Le principe de précaution -inscrit au frontispice de notre société occidentale- n'est pas étranger à notre déclin. L'Etat protecteur se fait au détriment de l'Etat stratège, donc de celui qui devrait impulser et accompagner le développement. Dans la rupture en cours, la perte d'influence de la civilisation judéo-chrétienne n'a pas non plus toujours été comblée par un recours aux vertus de la laïcité, notamment de neutralité et d'égalité.

    Ainsi, notre société longtemps glorieuse ( voir les 30 glorieuses d'ailleurs)  est entrain de passer la main. Nous étions adapté à des processus lents. Nous ne l'avons plus été des lors que l'Histoire s'est accélérée. Nous vacillons sous les coups d'une science en mutation et de nouvelles technologies qui rebattent les cartes. Nous avons loupé la troisième révolution industrielle, celle des NTCI, de le révolution des moyens de communication et d'information. Un célèbre écrivain affirme que " l'histoire devient une espèce de kaléidoscope en délire ou les frontières éclatent"... Il n'a pas tort. Les distinctions s'effacent. Chacun est lié et relié à l'autre. Notre suprême arrogance ne peut plus s'imposer.

    Quand nous ne sommes pas copiés, nous sommes parfois dominés ou fortement concurrencé.

    Autrefois et chronologiquement, notre vie sociale avait été sous l'influence du divin et de la religion, puis de l'Etat, puis de la société et enfin, aujourd'hui - et ce n'est pas le moindre péril - de la communauté. Nous voyons partout s'affirmer des cultures communautaristes fondées sur l'homogénéité, une identité commune et la tentative d'élimination des minorités qui avaient le respect des sociétés d'autrefois. Pas toujours!. Le plus souvent quand même. Camus affirmait que "la démocratie n'est pas la loi de la majorité mais la protection de la minorité" Parallèlement à cet esprit communautaire progresse un individualisme, facteur de dé-socialisation.

    Tout cela constitue la face d'ombre  de la situation. Le constat est, en lui même, trop pessimiste; je le sais. Il existe, et je la soutiens, une approche plus volontariste de l'évolution vers un avenir plus radieux. Nous sommes dans une mutation profonde de notre civilisation et c'est dans le disque dur de notre société qu'il faut œuvrer.

    La question est de savoir quel type d'existence individuelle et collective voulons nous, qui ne soit pas la seule poursuite du bonheur ramené à la maximisation du plaisir, de la puissance, de l'argent, du corps ou du confort auquel nous entraîne le système actuel. Nous vivons une "crise de système" dont l'échec du capitalisme n'est qu'une part. Pour aménager la mutation, une redéfinition des relations entre l'individu, le collectif et l'Etat s'impose. Nous avons besoin, selon le mot d'Edgar Morin que j'apprécie beaucoup, une "METAMORPHOSE" de notre société en une société monde d'un type nouveau où s'organise un autre partage du pouvoir, des richesses et de la communication avec l'Autre.

    Courte synthèse d'un cours que je donne sur ce thème traité dans un excellent livre "Le choc des civilisations" de Huntington et par Rosanvallon dans ses ouvrages

  • Le numérique élargit l'écart entre les élites et le peuple

    Sur ce thème, " Le Monde" publie un très intéressant article résumé ci-dessous.

    Les élites sont définies comme un groupe minoritaire de personnes ayant, dans une société, une place éminente due à certaines qualités valorisées socialement.

    Plutarque affirmait déjà que " gouverner demande un savant dosage entre art du retrait et engagement dans la cité" . Le gouvernant doit être au contact du peuple, mais pas trop pour garder de la hauteur et du prestige vis à vis de la fonction. Les Princes de la renaissance italienne le savaient, eux qui allaient incognito sur les marchés pour savoir ce qu'on disait d'eux. Avec St Louis, cette politique de proximité -dirigeant-assujettis- simmortalise par le fameux chêne, trône de justice. S'éloigner du peuple aboutit à l'absolutisme et Louis XIV est un roi moins moderne que St Louis.

    Aujourd'hui, il existe ce que pierre Bourdieu nomme un phénomène d'enfermement des élites coupées des réalités sociales. Les liens numériques massifs entre citoyens internautes semblent indiquer que la volonté collective de faire société est davantage assumée par les gens ordinaires que par les élites. Ces dernières ont un taux de renouvellement minimum car débordées elles se referment sur elle même. Elles constituent plus que jamais une oligarchie, gouvernement d'un petit nombre dont les autres doutent qu'ils soient les meilleurs ( par opposition à l'aristocratie). On peut se demander si, comme lors de l'invention de l'imprimerie au XVème siècle, Le numérique ne va pas être un contre-pouvoir puissant et menaçant pour les élites et les gouvernants. Le numérique est bien une révolution.

    Bonne Année ! Merci à ceux qui viennent sur mon blog.