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  • Le paradis

    le paradis? un concept extraordinairement complexe.

    1-/ Le paradis est, à l'origine, un terme persan "Pari-Daiza" devenu en grec "Paradeisos". Il désigne alors un jardin entouré de murailles, le protégeant contre les vents violents du désert.

    2-/ Le paradis est aussi appelé "Jardin d'Eden" , notamment chez St Augustin et St Thomas. Il est alors une "terre luxuriante dont les champs verdoyants se couvrent de plantes nourricières et garde intactes des plantes parfumées". Les mosaïques de St Appolinaire à Ravenne (Italie) illustrent bien cette conception, sorte de lieu perdu en forme d'oasis.

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    3-/ Le paradis est "La Jérusalem nouvelle" dans certains textes de l'Apocalypse (Ezéchiel) et avec St Jean dans le dernier livre de la  Bible. On parle aussi de Jérusalem future ou Jérusalem Céleste. Mais il s'agit, à chaque fois, d'une cité sainte descendue de chez Dieu, sorte de cité parfaite où l'humanité vit en harmonie avec elle même et avec la création, un endroit où règneraient la justice, la fraternité et la paix.

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    4-/ Le paradis est en nous. Sous l’influence de la Réforme et de Luther, la paradis est intériorisé et devient "indicible" et irreprésentable.

    5-/ Enfin, si on se tourne vers la religion chrétienne, on s'aperçoit que Jésus ne fait mention du paradis qu'une fois, lorsqu'il dit sur la Croix au crucifié qui est à côté de lui "Tu seras ce soir avec Moi au paradis". Dans cette religion, le paradis est assimilé à "La Communion des Saints" (autre concept dur! dur! à comprendre) mais qui signifie, principalement, (entre autre) - je suis prudent! -   que nous retrouverons au Ciel ceux que nous avons aimés. C'est l'agneau mystique peint par les frères Van Eyck et que l'on peut voir au musée de Gand.

    6-/ Théologiens, peintres, romanciers, esthètes de tous bords, pourquoi pas saltimbanques  ...ont élaboré une image du paradis. Et la votre?

  • Opinion et suffrage universel

    L'un de mes visiteurs préférés m'a envoyé le livre de J. Julliard "La démocratie d'opinion". Cela me permet d'enrichir ce thème que j'avais déjà abordé dans mon blog.

    Vous vous en souvenez bien sûr! .

    Le suffrage universel n'est plus la seule source de la volonté populaire et, partant, de la légitimité démocratique.

    Il existe un nouveau groupe social, fils d'internet et de la blogosphère, qui met en cause la démocratie représentative. Internet est le média transitif et interactif par excellence qui abolit la différence entre l'orateur et l'auditeur, le représentant et le représenté. Avec internet on s'adresse à toute le monde et on devient émetteur d'opinion, presque journaliste, rôle autrefois réservé à une élite. Mais alors le détail infime est mis sur la même ligne que la chose essentielle. C'est la fin d'un monopole. Le représentant (l'élu) n'est plus aussi indispensable puisque je n'ai pas besoin de lui pour faire valoir mon opinion. "Le sacre électoral du représentant du peuple, par le suffrage universel, apparaîtra un jour aux nouvelles générations aussi archaïque et baroque que le sacre du roi Charles X à Reims" dit joliment J.Julliard.

    La libération de l'opinion que permet internet n'est pas sans conséquence.

    1. Elle encourage l'expression des libertés individuelles et ne peut qu'introduire les germes de la diversité et de la discorde dans la société.
    2. Elle aboutit à renverser un certain ordre des priorités parce qu'on ne peut pas demander au citoyen d'avoir nécessairement le sens de l'Etat et de l'intérêt collectif (hélas!). C'est ainsi que l'opinion fait passer: (1) la sécurité des individus avant la défense nationale; (2) la famille avant la Nation; (3) l'école avant la diplomatie; l'assistance aux personnes avant l'aide au tiers monde.
    3. L'opinion devient un outil: le (mauvais) gouvernant s'en sert comme une boussole. Elle peut être utilisée contre les partis et les institutions. Le gouvernant joue de l'opinion contre la grêve: c'est un grand classique!
    4. En cours d'assises, le ministère public peut ne pas être insensible à l'opinion de la rue et faire condamné lourdement un accusé parce que  la vindicte populaire se fait entendre.
    5. Au total, l'opinion représente 'le pays réel" opposé au "pays légal".

    La démocratie d'opinion ouvre un monde nouveau.

    Il existe, en définitive, 3 instances d'expression de la volonté populaire: le suffrage universel, l'opinion et la rue. Leurs caractéristiques ne sont pas les mêmes. La première a pour elle la légitimité et l'universalité, la deuxième: la permanence et la troisième "l'intensité" dit J. Julliard. Je ne suis pas sur, pour ma part que ce soit le bon terme! A remarquer qu'entre le suffrage et l'opinion, il y a une différence de taille puisque avec le suffrage universel: un homme = une voix et tous les votes ont une égale valeur. Les opinions n'ont pas le même poids. Ce dernier peut dépendre du statut de celui (ou celle) qui l'exprime, du lieu où elle est exprimée mais aussi de la forme avec laquelle elle est exprimée (avec force ou non).

    D'où viennent les opinions?

    Longtemps, on a considéré que les opinions sont les filles illégitimes des intérêts et que l'on pense toujours ce que l'on a intérêt à penser. Le bourgeois -repu d'or et de décorations- pense que le marché est le meilleur système tandis que le prolétaire pense que la société socialiste est la plus rationnelle. Les comportements électoraux ne valident pas cela. Loin s'en faut! des ouvriers votent pour le FN et il y a une gauche caviar. Pour Julliard, "le niveau d'études se substitue au milieu social". Les opinions se forment dans le creuset fait des intérêts, des passions, des traditions des cultures et de la biographie personnelle.

  • Accident de cycle économique ou fin d'un monde

    Je reproduis sur mon blog un article que m'a demandé une revue. C'est aussi le "synopsis" d'un cours que je donne à la Fac

    Accident de cycle ou fin d’un monde ?

     Tout a été dit et écrit sur la crise économique et financière. Beaucoup ont pourtant du mal à avoir une vision claire sur ce qui s’est passé et à déchiffrer les lignes du futur. En fait, une seule question se pose: est-on en présence d’un simple phénomène de cycle ou vit-on une mutation sociétale, drastique et radicale, qui entraîne l’économie dans des enchaînements sans fin.

    Un flash sur l’actualité semble donner raison aux partisans de l’accident du cycle économique. La Bourse a retrouvé ses niveaux d’avant 2008. La croissance repart un peu partout, avec fragilité dans notre vieille Europe aux ressorts quelque peu amortis. La France paye son aversion aux réformes. Mais la vigueur des flux d’investissements mondiaux, y compris vers l'Afrique, montre un regain de confiance. La peur recule. Presque partout. D’ailleurs, la croyance en une sortie du cycle économique dépressif génère, dangereusement, des réflexes comparables à ceux qui ont provoqué son déclin, comme s’il ne s’était rien passé.

    A l’inverse, certains estiment que nous vivons la fin d’un monde. La démocratie et le marché devaient résoudre tous les problèmes de l’humanité. C'était l'hymne des trente glorieuses. La crise a contribué à briser le rêve. Pour eux, nous affrontons deux ruptures et une mutation à un moment où l’histoire s’accélère partout.

    La première rupture est notre entrée dans l’ultime phase de la troisième révolution industrielle, celle des nouvelles technologies de l’information. Après l’arrivée d’internet et de l’informatique, nous affrontons les conséquences de  la mise en place de bases de données qui capitalisent nos connaissances. Cette révolution industrielle est aussi importante que la première avec l’apparition de la machine à vapeur, du métier à tisser et de la deuxième avec l’émergence de l’électricité, du moteur à combustion. Rien de moins !

    La seconde rupture est le basculement politique en cours qui voit le modèle occidental s’affaiblir peu à peu au profit de pays émergents devenus des benchmarks plus dynamiques, plus novateurs et plus efficaces. Au plan idéologique, la perte d’influence de la civilisation judéo-chrétienne n’est pas contestable. Au plan économique, l’occident a privilégié un modèle de protection sociale plutôt qu’un modèle de développement intensif.

    La mutation concerne le néo-libéralisme. L’idée de la toute puissance du marché, de sa capacité à s’auto-réguler, de son besoin de n’être contrarié par aucune règle, « était une idée folle ». Ce système a fini par financer le spéculateur plutôt que l’entrepreneur. Une refondation est en cours sur la nécessité de retrouver une éthique et un équilibre entre la liberté et la règle, entre la responsabilité collective et la responsabilité individuelle. La juste place de l’Etat est la question.

    Accident de cycle ou mutation fondamentale, chacun peut décider.

    Il existe cependant des faits objectifs, économiques et financiers, qui ont été le ferment de la crise.

    Pendant des décennies, on a créé les conditions dans lesquelles l’industrie se trouvait soumise à une logique implacable de rentabilité à court terme. On a caché les risques qu’il fallait prendre pour accéder à des rendements exorbitants. On a fait semblant de croire qu’en mutualisant les risques, on les faisait disparaître. La règle d’or de la régulation financière (à une augmentation de crédit doit correspondre une augmentation des fonds propres) n’a plus joué. Par une ingénierie financière débridée, les banques ont réussi à sortir de leurs bilans des pans entiers de leurs activités. Elles ont modifié radicalement leur politique de l’octroi et détention de crédit (« originate to hold ») pour passer à l’octroi puis cession de crédit (« originate to distribute »).  D’un système intermédié, on a basculé dans un système de marché avec une gestion actif/passif, certes, plus dynamique mais plus risquée. Enfin, les institutions financières étaient soumises à des règles comptables qui n’ offraient aucune garantie sur la bonne gestion de leurs risques et aggravaient la situation en cas de crise, plutôt d’amortir le choc.

    Beaucoup a été fait pour pallier à l’ensemble de ces dysfonctionnements. Beaucoup reste à faire. Des dispositifs aussi lourds que les mesures prévues par Bâle 3 (ensemble des règles visant à réformer le système financier) s’échelonnent sur plusieurs années et ne feront sentir leurs effets qu’à moyen terme. Mais la crise a avivé un sentiment chronique d’injustice en jetant une lumière crue sur les inégalités. Ce serait une erreur, comme le dit joliment M. Serres, de « localiser l’épicentre de la crise seulement en surface », dans sa dimension économique et financière. Il se situe dans le choix des valeurs d’orientation que doit faire notre société. « Refaire société » pour un nouveau vivre ensemble n’est pas qu’un slogan de mauvais journaliste à court d’idées.