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"Désolé, hum!...vous avez bien le cancer."

"Désolé!  hum!..vous avez le cancer". Un médecin pas très à l'aise pour cette faire cette annonce. Un "désolé" lancé au patient, façon épicier qui n'a plus de margarine dans ses stocks. Un médecin avec des mots ésotériques et savants pour tenter de cacher la vérité de la biopsie. Une vérité obtenue à la supplique. Au téléphone. Et "ce n'est plus mon affaire, dit-il, mais celle des hôpitaux; voyez avec l'Hôpital Saint Louis" un peu à la Judas. Et cette solitude face à l'impensable. Et cette apnée, cette tétanisation,  le cancer étant -"comme l'enfer" - toujours les Autres, pour les Autres....Puis cette débâcle, ce tsunami de sentiments qui vous submergent et vous noient au milieu d'une existence éventrée, de projets de vie désintégrés et d'un avenir au terme presque daté. A ce moment là, le corps se refroidit, déjà!

Il faut appeler l'hôpital. Alors retentit la  musique obscène de piano bar avant le bon correspondant. Survient l'irruption inexorable de l'administratif d'un secrétariat exigeant lettres et formulaires avant d'agir. On ne va pas aux urgences pour un cancer même si le médecin a instillé en vous un sentiment d'urgence. "Traiter tôt pour guérir". C'est le sens commun. L'exigence fondamentale des thérapies sérieuses. Depuis quand le cancer? Le patient ne peut répondre. Il a perdu tout marqueur de temps, tout calendrier en tête. Il est hors du temps.

Trottent très vite en lui les mots sinistres de "lésion, tumeur, lymphome..." à peine évoqués mais qui, déjà, tournent en boucle dans son for intérieur où règne le chaos. La conscience de son cancer agresse la première pensée du réveil et détruit la journée avant même de l'avoir commencée. terrible!

L'entourage est impacté. Directement! Il vit la situation au diapason du souffrant. L'annonce de votre cancer vaut pour lui comme, d'ailleurs, pour votre cercle de proximité familial et amical. La Bête immonde et mortifère qui désormais vit en vous va habiter le foyer. La vie sociale en est changée. Forcément!

L'annonce de son cancer est épreuve pour sa foi. Catholique pratiquant, je me suis aperçu que l'évangile était belle, magnifique et douce lorsqu'on est bien portant. Elle est plus rude pour le souffrant. "Que Votre Volonté soit faite" ? facile à dire lorsqu'on est en forme, plus difficile lorsque la maladie vous habite. "Seigneur tu es mon berger et sous ta houlette, rien ne peut m'arriver". OUI, mais, moi, j'ai le cancer!...

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