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inégalités

  • Répartition des revenus et inégalités en france

    On parle beaucoup des inégalités en France mais sans souvent se référer aux chiffres réels de l'INSEE sur la répartition des revenus. Mon fils, florian, vient d'achever un travail  à NormalSup sur ce sujet. Il s'attache à faire ressortir les conséquences de la crise sur les revenus et leur répartition. Ne seront retenus ici que les faits saillants -trés résumés -de son étude. Les chiffres disponibles s'arretent à 2010.

    La répartition des revenus: le niveau de vie médian ( à ne pas confondre avec le revenu moyen) à diminué en 2010 en France pour s'établir à 19 270 euros. Les 10% des personnes les plus modestes disposent d'un niveau de vie inférieur à 10 430 euros annuels quand les 10% les plus aisés ont un niveau de vie au moins trois fois et demi supérieur, excédant 36 270 euros. En 2009 on avait constaté un " appauvrissement"(!) des plus riches dû à la baisse de la bourse et à la diminution des revenus des indépendants plus fortement corrèlés à la conjoncture que les revenus des salariés. 2010 à mis fin à cette exception et les revenus des 5% les plus aisés ont à nouveau augmenté de 1,3%.

    À l'autre bout de l'échelle sociale, on constate une recrudescence des personnes sous le seuil de pauvreté ( fixé à 964 euros en 2010) passées de 8,2 millions de personnes en 2009 à 8,4 millions en 2010. À ce niveau, elles forment une proportion lourde de 14,1% du total de la population.

    La répartition des revenus hommes/Femmes: les femmes ont un revenu individuel 25% inférieur à celui des hommes mais  la tendance est à une réduction des inégalités. Les écarts des salaires entre les femmes sont plus élevés que les écarts des salaires entre les hommes. (Effets temps partiel chez les femmes, soit 1/3 de l'emploi féminin).

    La répartition des revenus par activités: Surprise! en 2009 le niveau de vie des chômeurs a plus augmenté (+4,2%) que celui des personnes actives (+1,1%) . Ce paradoxe est dû à un effet de composition: la crise a mis au chômage des cadres et des seniors qui bénéficient d'allocations chômages (relativement) élevées.

    La répartition des revenus par région: le niveau de vie médian de l'Ile France est supérieur (on s'en doutait!) de plus de 2000 euros à la moyenne des autre régions mais avec, en son sein, des inégalités plus marquées qu'ailleurs. Par ailleurs, le taux de pauvreté monétaire (% de la population dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté) est, à titre d'exemple, trés fort en Corse, beaucoup moins élevé en Bretagne.

    la répartition des revenus par âge:  Les jeunes (18-24 ans) ont le niveau de vie moyen le plus faible ( 18.930 euros) et le plus fort taux de pauvreté monétaire. Le niveau de vie s'accroît avec l'age jusqu'à 65 ans point de rupture où, bien sûr, la relation s'inverse. On constate -et c'est important!- une concentration forte des personnes agées entre le 2ème et le 4 ème décile (valeurs qui partagent la distribution des revenus en 10 parties. Le 1er correspond à la population la + modeste, le dernier aux plus aisés): pres de 20% des 5% les plus aisés ont plus de 65 ans.

    La répartition des revenus selon la composition du ménage: les famille monoparentales et les familles nombreuses connaissent les niveaux de vie les + bas. Les familles immigrées cumulent souvent les deux.  Les chiffres l'illustrent clairement. On s'en doutait.

    les outils de redistribution: la réduction des inégalités est un impératif moral,social mais aussi économique.

    On constate un parallélisme entre montée des inégalités et hausse de l'épargne qui provient de l'augmentation des revenus du dernier décile, lequel épargne + que les autres. En période de crise, mieux vaut jouer sur le levier de la conso que de l'épargne, c'est une 1ere conclusion. La seconde est la reconnaissance que l'impôt est le mécanisme le plus puissant pour la réduction des inégalités, encore faut il qu'il soit suffisamment redistributif. Or, le taux moyen effectif de l'impôt (somme de tous les prélèvements exprimés en % du revenu brut) varie trés peu entre les déciles. La raison tient au fait que  la  proportionnalité des cotisations l'emporte largement sur la progressivité de l'impôt sur le revenu. La redistribution entre actifs est donc trés faible. Seule la fusion de la CSG et la CRDS avec l'IR irait dans la bonne direction.

     

     

  • "La société des égaux"

    Dans son dernier livre, "la société des égaux" P.Rosanvallon nous interpelle fortement sur le concept d'égalité. Il nous rappelle que c'est une notion politique et sociétale autant qu'économique. Elle concerne" le commun "autant que le juste.

    On pense souvent en termes d'inégalités économiques et de redistribution des richesses et on zappe l'idée d'égalité démocratique, c'est à dire une façon de construire la Société, de produire et de faire vivre le commun. L'égalité doit d'abord être considérée comme une qualité démocratique, une forme de relation sociale. Chacun a les mêmes droits et est reconnu et respecté comme aussi important que les Autres.

    L'égalité ainsi conçue se décline autour de trois axes qui se complètent et se renforcent mutuellement: similarité,'indépendance et citoyenneté.

    - égalité au sens d'équivalence pour exprimer que l'on est semblable et que l'on participe d'une même humanité, ce qui bânit les privilèges.

    - égalité au sens d'autonomie qui se définit comme absence de subordination

    - égalité au sens de la citoyenneté; c'est la communauté d'appartenance et d'activité civique qui la constitue.

    Un peu plus loin dans son livre Rosanvallon décrit ce qu'il appele "le complexe de Bossuet" . Nous sommes tous (ou presque) à nous indigner des bonus extravagants et de rémunérations démentielles attribuées à quelques VIP actuels . On a donc le sentiment d'une société de + en + inégalitaire et injuste. MAIS les facteurs qui produisent ces inégalités ( ducation à 2vitesses, exaltation du mérite, élitisme, mécanisme de la concurrence etc....) sont intériorisés (acceptés ?) de telle sorte qu'on hait les inégalités mais on reconnait comme légitimes les ressorts spécifiques qui les conditionnent.

    Rosanvallon parle  du "complexe de Bossuet" en référence à la célèbre remarque de ce dernier: "Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu'ils en chérissent les causes" 

  • Face à la crise actuelle relire Picketty

    Picketty dans son livre "l'économie des inégalités" montre que le conflit Doite/Gauche sur la distribution des richesses n'est pas dû à des principes contradictoires de justice sociale mais à des analyses contradictoires des mécanismes économiques et sociaux qui produisent les inégalités. Il y a conflit D/G sur les différents types et outils de redistribution.

    Cette lecture de Picketty m'a convaincu que face aux mesures à prendre pour faire face à la crise de l'endettement, il y a de bonnes et de mauvaises pistes pour mettre en place un plan de rigueur.

    La mauvaise piste est celle qui se déssine: s'attaquer prioritairement aux niches fiscales au nombre, impréssiionnant il est vrai, de 504. A première vue on adhère ! les niches ont un relant de privilèges et de passe droit; cela fleure bon le droit d'exception si prisé en France .Elles sont, au demeurant, totalement  contraire à l'égalité devant l'impôt. En fait, certaines niches sont aussi un moyen de protéger contre les abus des marchés. Elles ont- pour certaines et pour certaines seulement- une vraie valeur de secours et d'aide, parfois même à but social alors que les autres (celle par exemple qui favorise les plus values des cessions de filiales pour les holdings, la fameuse "niche Copé")répondent à une logique de "fiscalité de riches". 

    En définitive, le meilleur instrument pour répartir équitablement la rigueur est sans doute l'impôt mais un impôt juste dans son assiette, ses assujettis et ses modalités. C'est là que la difficulté commence. Mais se refuser à utiliser cet instrument est une posture injustifiable et stupide. La situation demande plus d'intelligence et de courage. Au fond, la dialectique qui se présente est simple: perdre les élections, certes, mais en "aidant à sauver" le soldat France !

    Il y a une autre considération collatérale: nous manquons de fiscalistes en France qui privilégient tous  les généreuses entreprises privées . De ce fait, trés peu de macroéconomistes se dirigent vers une spécialisation en finances publiques pourtant si demandeuses de talents. Je suis d'accord avec Lacan lorsque le psychanaliste dit que tout conflit s'articule autour d'un "manque". Là aussi.